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Maryse David sur les traces de son père.

Un insolite retour vers le passé.



Ce soir-là, en bavardant avec Nicole et Thierry, j’apprends que le samedi 17 septembre 2022, une expédition un peu extraordinaire est organisée pour les gens de la commune : il s’agit de descendre dans la grotte du Pech Merle en passant par le chemin de la découverte emprunté le 4 septembre 1922 par les 3 jeunes découvreurs, des ados de 16, 15 et 13 ans. A l’époque on disait « les enfants ». J’ai un choc ! je ressens le besoin irrépressible d’y aller ! c’est l’occasion ou jamais ! J’oublie seulement que j’ai… 82 ans ! Lorsque j’en parle avec enthousiasme autour de moi, je sens que mes interlocuteurs sont surpris et dubitatifs ! Ils tentent aussi de me dissuader ! « Le trajet est reconnu comme difficile, assez sportif. Vu ton âge, cette expédition n’est pas raisonnable pour toi ! » etc., etc. Devant cette défiance généralisée, je vais voir le médecin pour avoir un certificat médical. Je me dis que, si la faculté m’autorise à faire de la spéléologie à mon âge, on ne pourra pas me dire : « ce n’est pas possible ! ». J’appréhende un peu son refus. Eh bien non ! « vous pouvez y aller sans problème ! J’ai une patiente, âgée de 85 ans, qui saute encore en parachute ! ». Me voilà rassurée. À défaut de descendre du Ciel sur la Terre, je peux descendre sous cette même Terre, comme l’ont fait, il y a 100 ans, nos jeunes inventeurs…


A 18h, ce samedi-là, Maggy et moi rencontrons Gauthier le guide et Fabien le spéléologue. Ils ne semblent pas trop surpris de ma présence et ne me donnent pas trop de recommandations quant à ma jeunesse passée depuis longtemps… Gauthier va assurer la visite en tant que guide, avec une grande connaissance de la préhistoire… J’ai toujours entendu dire des compliments sur les guides, ce qui, pour les visiteurs, rend la visite de la grotte très émouvante et passionnante ! Quand il a fallu ramper ou marcher à 4 pattes ou se laisser glisser sur la paroi « du précipice » pour se retrouver au fond, Fabien le spéléo, nous aidait bien, Maggy et moi, à choisir les points d’appui nécessaires pour ne pas glisser, à vaincre les difficultés au fur et à mesure de notre progression…



A vrai dire, c’était pour moi très étrange, émouvant serait plus juste, de me trouver au même endroit, dans ces galeries souterraines, empruntées, il y a 100 ans par les 3 jeunes : André David, 16 ans qui fut mon père, Henri Dutertre, 15 ans et Marthe David, la sœur d’André, 13 ans… C’était un retour insolite vers leur passé ! Je n’oublie pas de préciser, que dans cet univers qui n’était que danger et mystère, ils s’éclairaient seulement avec la bougie, tirée d’un paquet de bougies, chipées, parait-il, à la sacristie… Pour des adolescents vivant à la ferme du Pech-del-Mas, auprès de la nature, ce n’était pas trop difficile. Aidés par leur mépris et leur inconscience du danger, poussés par la curiosité de découvrir ce monde souterrain si mystérieux et jusqu’alors inconnu, ils ont dû avancer sans aucune difficulté. Oui mais alors comment ne pas se perdre, comment retrouver le chemin du retour, sortir de cette nuit profonde pour revoir la lumière du jour ? En pensant à eux, aux dangers qu’ils couraient dans cet univers hostile, j’avais envie de les gronder, de leur reprocher leur folle imprudence, alors que l’un des garçons était mon père : ce qui est un comble de génération inversée ! (comme on le sait bien, ce sont les parents qui grondent leurs enfants et non le contraire). Quand il évoquait ses souvenirs, André David ne disait jamais qu’il avait eu peur de se perdre. Sauf la première fois, il l’a noté dans ses mémoires (voir plus loin). La découverte des 3 enfants était méritoire, mais les actions des adultes l’ont été aussi : l’abbé Lemozi, le savant préhistorien, le maitre d’œuvre qui mena à bien les travaux d’aménagement, le mécène Jean Lebaudy qui les finança et tous ceux qui, depuis 100 ans assurent l’entretien et la connaissance de ce patrimoine unique. J’ajouterai tous ceux d’aujourd’hui qui ont préparé le centenaire de la découverte…


La visite dura 2 heures, passionnantes bien sûr. La salle rouge, que l’on ne visite plus, offre un très beau cheminement, car elle est bien aménagée. Ce qui m’a beaucoup frappée dans ce trajet découverte, c’est l’absence de l’élément EAU. J’ai le souvenir indélébile des gouttes d’eau s’écoulant sans cesse du plafond, descendant le long des stalagmites, amenant leur présence continuelle sur le sol, sur les concrétions… Pas une goutte d’eau dans cet univers souterrain que l’eau a aidé à construire au fil des siècles… Bien sûr, vous me direz : « c’est normal, il ne pleut pas ! c’est très sec ! » Mais autant, sur la croûte terrestre, la végétation est malmenée par le manque d’eau, autant la grotte ne perd rien de sa beauté ! Ses concrétions sont toujours là, toujours aussi belles, aussi impressionnantes, comme figées dans une immobilité millénaire… Elles continueront de vivre dès que l’eau, tant attendue sur notre terre, arrivera…


Maryse DAVID, Cabrerets le 28 octobre 2022


Extraits du livre « la fabuleuse histoire de la grotte-temple du Pech-Merle» de Maryse David qu'elle a souhaité mettre en parallèle au texte ci-dessus :

  • « Comme le petit Poucet, nous avons perdu le chemin du retour » p 18

Au fur et à mesure de notre progression, nous allumons des bougies de temps en temps. Nous les fixons sur le sol argileux de façon à créer un chemin lumineux pour nous guider au retour. Retour qui fut du reste dramatique ! Les gouttes d'eau qui tombaient de la voûte avaient, derrière nous, éteint presque toutes les bougies. Nous étions plongés dans une obscurité à peu près complète, dans un monde de silence, étrange et inconnu, ne sachant plus comment sortir.


  • « comme dit la chanson ; « Alouette, je te plumerai, Alouette... » » p 19

Mon camarade, persuadé d'être irrémédiablement perdu, me reprocha vivement de l'avoir entraïné sous terre. Il m'avertit que si notre séjour forcé dans cette maudite caverne devait se prolonger, il pourrait être dans l'obligation de me manger pour survivre ! Moi, j'étais trop heureux d'être là, dans ce monde souterrain. J'avais trop attendu ce moment de découverte pour céder à la panique. Aussi, je rassemblai mes forces pour retrouver à tout prix la lumière du jour.


  • « Dans le sens contraire de la marche » p 19

Je lui proposai de rechercher sur le sol, à la lueur des bougies qui nous restaient, les empreintes de nos pas et de les suivre à rebours. C'est ce que nous fîmes, avec beaucoup de temps et de difficultés, car les traces de nos chaussures étaient à peine visibles sur le plancher stalagmitique. Enfin, à la tombée de la nuit, nous retrouvâmes celui des vaches de la ferme du Pech-del-Mas. Et comme personne ne s'inquiétait de nous, par un accord tacite, nous ne parlâmes pas de notre aventure.





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